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Café-Péda

L’orthographe …

  • indulgence STENDHAL : « L’orthographe ne fait pas le génie. »
  • implication  Bernard PIVOT : «  L’orthographe participe de la vie sociale. »

avec humour

  • Alexandre VIALATTE: « L’orthographe est toujours trop simple.  Il y aurait intérêt à compliquer ses règles. »
  • Pierre DAC « Maisons de correction cherche fautes d’orthographe »
  • Serge GAINSBOURG : « En relisant ta lettre je m’aperçois que l’orthographe et toi, ça fait deux….C’est toi que j’aime (Ne prend qu’un M) ……….. »
  • …………

La réunion a débuté par une mise en bouche d’une courte vidéo qui présente un extrait de La Convivialité (2 min 41) de la Compagnie Chantal et Bernadette. Les deux comédiens, Arnaud Hoedt et Jérôme Piron sont d’anciens profs. Ils ont écrit La Faute de L’Orthographe qui comporte une bibliographie intéressante.
L’extrait traite de manière humoristique du participe passé employé avec avoir. Une réflexion interpellante y est faite : lorsque les élèves demandent « pourquoi ? », l’enseignant répond « comment ». Il semblerait que le sens critique ne soit pas de mise dans le domaine de l’orthographe !

Avant de passer à la présentation des participants, on a enchaîné avec un exercice d’orthographe  portant sur l’accord du participe

La séance a réuni des enseignants de français, des directions et enseignants du fondamental, des pédagogues et des membres du Fonds. En plus d’une présentation traditionnelle nous avons demandé à chacun une autoévaluation chiffrée ou qualificative quant à leurs compétences en orthographe… Le résultat est une cotation de 5 à « 10 » !

Marie-Claire Hoebanx est depuis 2004 maître-assistante à la Haute Ecole Francisco Ferrer, où elle officie dans la Catégorie pédagogique et plus particulièrement dans les sections maternelles et de régendat français.

Son intérêt pour les questions orthographiques s’est révélé à l’occasion de son enseignement du français langue étrangère qu’elle a exercé  plus de 10 ans à l’Institut des langues vivantes et de phonétique appliquée de l’Université Libre de Bruxelles.

L’exposé de Marie-Claire Hoebanckx, soutenu par un power point, dense, très documenté et interactif, nous a tenus en haleine durant un long moment. L’enthousiasme de notre animatrice et l’intérêt du propos ont donné lieu à des échanges qui ne demandent qu’à se prolonger.

Nous retiendrons quelques idées forces puisées à la fois dans la présentation et les réactions qu’elles ont induites.

D’emblée, M.-C. H. affirme sa préférence pour le terme « erreur » plutôt que pour le terme « faute », mettant en avant le jugement moral qu’induit ce dernier. Notons cependant que le mot « faute » s’utilise lors d’un manquement par rapport à une  règle, une norme qui peut être morale bien sûr mais aussi scientifique, artistique et, dans le contexte qui nous occupe, il s’agit de règles d’orthographe. Tandis que le terme « erreur » est une méprise, une action inconsidérée, issue d’une incertitude, d’une ignorance.

(….) Je suis riche, considéré, adoré … et une chose s’oppose à mes projets … la grammaire française ! …. Je ne sais pas … l’orthographe ! Les participes surtout, on ne sait pas par quel bout les prendre … tantôt ils s’accordent, tantôt ils ne s’accordent pas … quels fichus caractères ! Caboussat dans La Grammaire d’Eugène Labiche, cité par Cerquiglini (2021)


Il semblerait qu’aujourd’hui encore, qu’avoir une bonne orthographe reste un enjeu social.
En France par exemple, on a créé la certification Voltaire, une certification évaluant la maîtrise de l’orthographe française qui est censée attester du niveau d’un candidat dans le but de valoriser ses compétences sur un CV ; cette certification est souvent exigée par les entreprises !

En première approche, l’utilité de l’orthographe est nulle pour les élèves, MAIS…
L’orthographe sert à la compréhension, à la communication ; elle permet aussi de développer des compétences métacognitives.

Des marques indiquent les caractéristiques morphologiques et syntaxiques des mots mais parfois il n’existe pas de traces phonologiques pour distinguer différentes formes comme dans l’exemple suivant

Une belle personne conversait avec leur amie

De belles dames conversaient avec leurs amies.

Ce qui est écrit donne davantage d’informations que ce qui est entendu ; dans ce cas, il n’y que la liaison leurs amies qui laisse deviner le pluriel.

L’analyse de plusieurs exemples permet de dédramatiser l’orthographe… par l’humour !

Un texte écrit est destiné à être lu par autrui ou relu par l’auteur.

Les moyens audio-visuels ne se substitueraient pas à l’écrit !

Dans une étude française 80% des Français s’estiment bons en orthographe mais seulement la moitié du groupe aurait atteint un niveau correct.

Le problème de l’orthographe est récurrent

Une autre enquête française montre que les erreurs sont en nette progression entre 1987 et 2015. Les écueils sont toujours les mêmes : l’accord sujet/verbe, les adjectifs et les participes passés. On constate aussi que le fossé s’accroît entre les performances des meilleurs et des moins bons.

Poser la question de l’apprentissage de l’orthographe risque d’évacuer le point de vue de l’apprenant. L’apprentissage de l’orthographe n’a souvent été qu’un bourrage de crâne avec la totalité des règles d’orthographe, sans hiérarchisation et sans suffisamment se pencher sur les démarches, les savoir-faire, focaliser sur des savoir-être en privilégiant les connaissances déclaratives plutôt que les connaissances procédurales. On a davantage tenu compte de la matière sans trop se soucier de la manière dont on l’apprend.

Il faudrait par contre proposer un enseignement explicite, privilégier la démarche active de découverte, automatiser les savoirs, les intégrer dans de nouveaux contextes, et suffisamment imprimer les règles dans les circuits neuronaux afin de pouvoir y recourir très vite si cela s’avère nécessaire. Les neurosciences et  la gestion mentale viennent renforcer les démarches à mettre en œuvre auprès des apprenants : espacement, consolidation, automatisation, travail de re-mémorisation.

En amont, il s’agirait d’établir des bases solides : développer l’attention, la concentration, la mémoire, la compréhension, le fait d’écrire, de communiquer, de partager avec les autres.

Afin  de résister aux configurations à risques, on parle d’erreurs d’experts, les apprenants doivent aussi apprendre à inhiber leurs automatismes, Il s’agit de contrôler par l’inhibition, de reconnaître une zone à risques et à la travailler de manière spécifique (Olivier Houdi)

Exemples :

Je les mange (et non, je les manges) : il s’agit d’inhiber l’automatisme
« les, je mets un s »

Je vous le dirai (et non : je vous le direz) : vous, 2ème personne du pluriel,
j’écris « direz »

En synthèse, l’orthographe a besoin d’un socle solide… les cas particuliers s’y inscriront après. Pour ce faire, il faut privilégier les démarches, automatiser l’usage, multiplier les exercices, répéter l’entraînement et systématiquement remettre le travail sur le métier

Que penser de la dictée, d’un drill orthographique, comme pratique d’apprentissage de l’orthographe.

La dictée peut être artificielle mais des souvenirs d’école primaire de certains de nos participants surgissent pour venir soutenir cette pratique : courte et journalière, replongée dans un contexte, explicitée par l’auteur, proposant de nouveaux mots à écrire et amenant l’apprenant à réfléchir sur ses erreurs, à les analyser pour les dépasser.

Si le choix des textes proposés aux élèves se fait au hasard, les résultats obtenus attesteront difficilement d’une amélioration  de l’élève en orthographe.  Il serait par contre possible de concevoir des textes qui suivent une certaine progression.

Devant l’éventail des dictées et leur possible « artificialité », l’exercice à viser c’est une production de texte par l’élève.

Ainsi, faut-il favoriser le « premier jet », corriger celui-ci et faire comprendre pourquoi ;
il faut « déconstruire pour reconstruire » et donner des outils pour être bon en orthographe.
De la dévalorisation personnelle, on passe à la valorisation de l’apprenant.

 

Rédiger un texte revient à mettre en œuvre une hiérarchie d’objectifs qui risque de provoquer une surcharge cognitive

  1. Trouver des idées
  2. Organiser les idées
  3. Leur associer un lexique
  4. Transcrire les idées
  5. Pour les transcrire, trouver une forme (paragraphe)
  6. En même temps réfléchir à l’orthographe

Il faut travailler par étapes, utiliser des structures, des schémas. 

 

Au niveau secondaire et universitaire, l’orthographe devrait être une matière transdisciplinaire. Chaque enseignant, quel que soit sa discipline devrait se sentir concerné par l’orthographe.

« Merci pour l’ouverture des possibilités !»
« Merci !»  « Merci ! »… »Merci ! »
« Passionnant ! »
« Merci pour la réactivation…merci d’avoir fait comprendre l’importance de l’école  maternelle, p.ex. dans l’apprentissage des sons » 
« L’orthographe, un jeu d’enfants ? A voir… »
« Merci d’avoir rappelé l’importance de la production des écrits »
« Très chouette…très intéressant…je me sens frustré de ne pas avoir de solution idéale mais merci pour votre aide à trouver la meilleure ! »

L’ensemble des interventions et en particulier celles de deux d’enseignants « du terrain » : l’une évoquant une certaine frustration et l’autre promettant de réfléchir à la problématique de la dictée, nous incitent à programmer, avec l’accord de Marie-Claire, un prolongement à ce Café-péda.

 

Madame Verrept clôture la séance en remerciant Marie-Claire Hoebanx pour sa véritable leçon magistrale et son animation passionnante, en remerciant tous les participants pour leur réactivité et en guise d’au revoir, elle  présente une vidéo de 3 min 40 

Et le français

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            Texte Les Goguettes (en trio mais à quatre) sur l’air de la complainte du progrès de Boris Vian, enregistré en public à l’Alhambra/Paris le 9 octobre 2019