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Dominique Daems

Demain, l’école

Hier, l’école nous a nourris. Elle nous a enthousiasmés, gardés éveillés. Elle a forcé notre bienveillance, nous a aidés à nous dépasser. On y a cru. On a voulu. On l’a aimée, soutenue, portée. Améliorée ? On s’est battus pour les enfants, jeunes et moins jeunes, pour notre métier, la société, pour qu’on nous respecte, pour que nos projets aboutissent.

Actuellement, un Pacte d’excellence et une réforme   la formation initiale des enseignants. Cela va-t-il suffire pour émanciper les élèves d’aujourd’hui ? Leur donner le goût d’apprendre et d’en apprendre plus, par eux-mêmes ? Seront-ils heureux au terme de leurs études?  Seront-ils solides ? Construits ? Adultes ? Libres ? Vont-ils pouvoir transformer le monde ? Le faire évoluer au mieux pour tous ?

Comment réussir ? Comment faire coexister harmonieusement les multiples cultures au sein des groupes scolaires ? Comment rassembler, dans un monde qui valorise surtout l’individualisation ? Quels repères, et pour qui ? Faut-il bâtir un monde vide de piliers culturels faute de pouvoir affirmer sans culpabilité sa culture ? S’autoriser à comprendre sans adhérer ou croire, c’est possible.

Il n’y a pas de réponse univoque à des questions complexes. Demain, l’école sera encore un univers passionnant, riche d’innombrables défis à relever par les enseignants. Ils aimeront leur métier, ils y trouveront du sens, de l’énergie, du bonheur. C’est le meilleur qu’on leur souhaite.

Dominique Daems

Dominique Daems, membre du CA du fMV, présidente-directrice  honoraire de la Haute École Francisco Ferrer.

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Christian Van Hende

Christian Van Hende,
membre du CA du fMV, professeur de psychopédagogie

Christian Van Hende

De l’éducation

On peut distinguer l’éducation diffuse de l’éducation intentionnelle. La première se transmet principalement dans la famille bien sûr, mais aussi dans les interactions de l’enfant avec son environnement social, ses amis, les réseaux sociaux, les services publics, les clubs qu’il fréquente, etc. On y fait de l’éducation à la façon de Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir.

La seconde se transmet principalement par les enseignants mais aussi par les acteurs sociaux à vocation éducative : associations, mouvements de jeunesse, services éducatifs des musées, de la Croix Rouge, de la famille, etc. La pédagogie serait la science et l’art de l’éducation des enfants. Je m’inscris en faux contre cette définition-bateau. La pédagogie n’est pas, et c’est tant mieux, une science, même pas une science humaine, il n’y a pas, que je sache, de « pédagologie ». La pédagogie n’est pas non plus un art. Freinet n’est pas Beethoven ou Korczak ou Michel-Ange. La pédagogie est un artisanat, la compétence lui suffit. Comment alors définir la pédagogie ? Au sens large, la pédagogie concerne tous ceux qui ont (ou croient avoir) quelque chose à transmettre. C’est dans ce sens que l’on dit de ceux qui y réussissent mal «qu’ils manquent de pédagogie ». Stricto sensu, donc dans le cadre de l’école, la pédagogie est l’affaire des enseignants. L’enseignant est celui qui accompagne l’enfant (παιδαγωγός) dans son apprentissage. La pédagogie, n’est rien d’autre que la tentative de faire exister ensemble deux principes : postuler que tout être peut apprendre et grandir, et être convaincu que nul ne peut apprendre et grandir à sa place.

Claude Pietrons

Enjeux de l’école en devenir

Une formation essentielle est celle de la pensée scientifique et de l’esprit critique. Dès la maternelle, les élèves doivent être sensibilisés à la primauté des faits sur les opinions. Il faut l’entraîner aux démarches d’observation et d’expérimentation. Le doute et le questionnement sont de mise. L’un des buts de cet apprentissage est bien de former l’esprit de chaque élève depuis le plus jeune âge afin que toutes tentatives de manipulations d’où qu’elles viennent et quelles qu’elles soient, arrivent sur un terrain critique, qui met en doute, qui réclame des faits. En conjuguant leurs efforts, en privilégiant la transdisciplinarité, les enseignants pourraient être encore plus performants. Pour que la formation atteigne pleinement ses objectifs il est indispensable aussi de rendre tous ces apprentissages explicites.

Claude Pietrons

Claude Pietrons, membre du fMV, professeur de pédagogie

Luc Cooremans

Luc Cooremans,
membre du CA du fMV, directeur honoraire de la Catégorie Économique et Traduction et Interprétation de la Haute École Francisco Ferrer.

Luc Cooremans

Incertitude(s)

Nous vivons dans un monde volatile, incertain, complexe et ambigu, C’est une réalité et nous n’y pouvons rien changer. Bien au contraire, nous devrons nous adapter en permanence à tous les changements qui surviendront. Ces dernières années, nous versons d’une crise dans l’autre :
– Crise sanitaire qui a changé nos comportements et nos modes de vie et tout particulièrement l’installation du télétravail et aussi du télé-enseignement ;
– Crise climatologique avec des phénomènes de moins en moins prévisibles ou maîtrisables : inondations, sécheresse, feux de forêts ;
– Crise politico-humanitaire qui, outre les horreurs de la guerre que l’on croyait oubliée du moins sur notre continent, nous impacte par la crise économique qui en est la conséquence.
Le narratif quotidien souligne les incertitudes, les peurs, le stress, l’anxiété. Ce narratif devient obsédant voire même insupportable. Alors profitons de cette période de rentrée, de renouveau pour changer le narratif.

Rendons- le positif, joyeux, enthousiasmant. C’est ce que les jeunes qui retrouvent l’école ou ceux qui vont entrer dans le monde du travail attendent.

Ne les effrayons pas, donnons-leur l’art du sens, l’art de réussir sa vie et de s’épanouir, l’art de rebondir dans ce contexte qui semble difficile mais plein de possibilités pour ceux qui ont la volonté, le courage et les compétences.

C’est la responsabilité de l’école, des enseignants et de tous les adultes de donner aux jeunes que nous côtoyons l’espoir et la vision d’un monde nouveau dans lequel ils seront des citoyens responsables.

Martine Kahn

Le théâtre de la culture

Les Grecs ont inventé la démocratie et le théâtre, ceux-ci vont de pair car il n’y a pas de théâtre sans démocratie ou alors c’est de la parodie.

Le théâtre est un art vivant, complet, il allie la parole, le geste et l’action.  Il nous permet de ressentir des émotions et de les exprimer : le plaisir, la joie, l’empathie, l’émoi, la peur, la colère, le doute,…

Le talent des auteurs, comédiens, metteurs en scène nous invite à rêver, imaginer, réagir, à être respectueux et bienveillant envers l’Autre. Le théâtre nous fait grandir !
Il est donc essentiel que l’École et les enseignants suscitent l’envie d’aller au théâtre de la petite enfance à l’adolescence et de leur permettre ainsi d’emprunter les chemins de la liberté de penser et d’agir

 C’est ce lien étroit entre Théâtre et Démocratie que Martine Kahn décrit ci-dessus qui a guidé le choix du Conseil d’administration quant à la répartition des avoirs du Fonds.

Des spectacles choisis en collaboration avec La montagne magique  seront offerts à des classes maternelles, primaires et secondaires de la Ville de Bruxelles.

Une formation organisée par La montagne magique sera proposée aux formateurs de formateurs de la Haute École Francisco Ferrer de la Ville de Bruxelles.

Martine Kahn

 

Martine Kahn,
membre fondateur du fMV, inspectrice honoraire de l’enseignement maternel de la Ville de Bruxelles

Alain POELS

Alain Poels,

Professeur de mathématique,
Préfet honoraire de l’Athénée Adolphe Max, sans oublier les écoles techniques où j’ai appris mon métier, Président du Fonds Monique Verrept , ASBL en dissolution.

Alain Poels

Emancipation

Entré en vigueur il y a quelques années, nous devons bien constater que le “Décret inscriptions” a conduit à créer de nouveaux ghettos scolaires en restreignant drastiquement l’accès d’une école aux habitants du quartier. Ce faisant, l’Ecole ne permet plus à un enfant qui le désire, ou si ses parents le souhaitent, de “sortir de son quartier” et j’entends par là de s’ouvrir à d’autres. Il s’agit d’une conséquence catastrophique de ce décret: un outil d’émancipation des enfants par le biais de l’école disparaît.

Mais il en existe d’autres.

Pendant ces années, un projet pédagogique d’écriture collective, mené par deux fois par le fMV et intitulé « Raconte-moi une histoire », a permis aux élèves issus de différentes écoles de se rencontrer, de proposer et d’échanger des idées, de confronter celles-ci à celles des autres enfants et de créer un historique au sein duquel ils trouvent leur place. Ces rencontres ont offert à chaque participant la possibilité de dépasser les frontières de son quartier et de reconsidérer ses inhibitions. La présentation scénique de cette histoire couronne cette contribution: il se découvre de nouvelles compétences, apprend à mieux se connaître.

Toujours dans le même but, et proposé en 2010, cette fois à des étudiants de la HEFF, département pédagogique, « Bruxelles – Gent autour de la pédagogie Freinet », ce projet pédagogique a fait travailler ensemble des étudiants de deux Communautés linguistiques. Il permit aux étudiants de faire connaissance d’autres habitudes, d’autres codes, de se confronter à leurs préjugés et ainsi de s’ouvrir à une Communauté plus large.

Pourquoi épingler ces deux projets du fMV? J’y vois, comme pour la plupart des actions menées par le fMV, une volonté de transcender les différences entre les élèves, de diversifier les attitudes pédagogiques en leur proposant de découvrir et de créer. Ces activités ont offert un milieu stimulant et contribuèrent à l’apprentissage de l’autonomie et de l’indépendance vis à vis du milieu éducatif et social. Prenant du recul à l’égard de ce milieu, l’enfant-l’étudiant acquiert un esprit critique, construit ses propres valeurs et prend progressivement des décisions qui lui correspondent, bref il s’émancipe.